LE MANIEMENT DES LARMES : MISE À NU DU SYSTÈME POLITIQUE FRANÇAIS

Au Théâtre de Belleville, nouvelle saison, nouvel air : Nicolas Lambert investit pendant trois mois le théâtre pour y présenter sa trilogie Bleu-Blanc-Rouge. Ce documentaire théâtral en trois volets utilise trois couleurs pour évoquer les principales sources de richesses de l’État français à savoir : le pétrole, le nucléaire, et l’armement. Après Elf, la pompe Afrique sur le pétrole et l’affaire Elf (Bleu) et Avenir Radieux, une fission française sur l’industrie du nucléaire français (Blanc), Nicolas Lambert s’attaque en 2015 à la politique de l’armement française avec le Maniement des Larmes, dernier volet de la trilogie.

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© Erwan Temple / Un Pas de Côté

Reporter-auteur, on dit souvent de lui qu’il pratique un « théâtre d’investigation ». À chaque spectacle la même méthode, Nicolas Lambert réalise à lui seul un travail en trois temps : reportage d’abord afin d’observer l’intérieur du système, écriture ensuite, mise en scène et jeu pour finir. À chaque spectacle le même décor, un bidon sur scène, qui rappelle que c’est le même contenant qui véhicule le pétrole, les éléments radioactifs, les munitions sur toute la planète.

Dans le Maniement des Larmes, Nicolas Lambert tisse des fils entre plusieurs événements afin de questionner la politique de l’armement de ces dernières années et ses étroites relations avec certaines affaires d’État. À la manière de poupées gigognes, les scènes se succèdent et permettent de relier, ce qu’ont en commun les enquêtes sur l’attentat de Karachi en 2002, les financements d’Edouard Balladur, et les soupçons de financements libyens de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007.

La pièce gravite autour d’un personnage clé : Ziad Takieddine (intermédiaire dans plusieurs contrats d’armement). Mais la prouesse de Nicolas Lambert est d’incarner physiquement toutes les personnes impliquées dans ces affaires (Nicolas Sarkozy, Edouard Balladur, Thierry Gaubert…) et de les transformer en vrais personnages, en empruntant à la commedia dell’arte notamment. Il choisit ainsi de faire parler les faits en incarnant à lui seul les propos réellement tenus par les personnalitées politiques, intermédiaires, hommes d’affaire, journalistes…

C’est donc après avoir interrogé et écouté de nombreux spécialistes (militaires, politiques, industriels…), après avoir lu une somme conséquente d’ouvrages consacrés au sujet et s’être rendu sur les lieux où s’exercent les pouvoirs (salon d’armement, conférences, Assemblée nationale…), que Nicolas Lambert a choisi les éléments pour donner au spectateur les moyens de comprendre les enjeux dont il est question.

En résonance avec ce travail d’investigation au préalable, la mise en scène met l’auteur-interprète autour d’un dispositif d’écoutes puisqu’une table reliée par un fatras de câbles à des ordinateurs, des micros et autres outils de surveillance, endosse le rôle de table d’écoute ou de studio de radio selon les scènes.

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© Erwan Temple / Un Pas de Côté

Le Maniement des Larmes apparaît ainsi comme une mise à nu du système politique français où Nicolas Lambert interroge la démocratie et s’intéresse à un spectateur citoyen. Il fait ici du plateau de théâtre un réel média, pas étonnant alors que l’une des devises de sa compagnie soit « don’t hate the media, become the media » (« ne hais pas les médias, deviens les médias »).

Pauline Olmedo

> Le dossier pédagogique du spectacle

> Les textes édités aux éditions de L’Échappée

 

 

 

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