La Compagnie Désirades : décalés, sensibles, mais surtout passionnés

« Désirades », ce sont cinq jeunes un peu fous qui ont créé leur compagnie de théâtre. Au Théâtre de Belleville, on les a rencontrés, vus progresser et aujourd’hui ils jouent Éclipses, fragments d’une nuit. Retour sur leur drôle de parcours et leurs idées farfelues avec Valérian Guillaume, auteur et metteur en scène de cette nouvelle création. 

2012 : Arthur, Jean, Thibault, Valérian et Zoé commencent à travailler ensemble
2014 : Création de la compagnie
2015 : Création de leur première pièce, Désirades, au TDB. La Compagnie remporte le concours du Festival Créart’up pour Désirades.
2016 : Création d’Éclipses

À l’origine, les cinq jeunes qui composent la compagnie Désirades voulaient simplement créer ensemble, « faire théâtre » comme dit Valérian. Ils reprennent Le mythe de Sisyphe puis l’Allégorie de la Caverne de Platon, mais sans grand succès. Puis Valérian commence à livrer ses propres écrits, avec une certaine pudeur. Séduite, la compagnie travaille à concrétiser cette enquête improbable sur « l’amour 2.0 ». Nait alors leur première création : Désirades. Rétrospectivement, reprendre le nom de la pièce comme nom de compagnie était une évidence pour Valérian, comme si le mot « désirades » était resté caché dans un coin de sa tête et avait ressurgi brusquement. 

Les comédiens ont décidé de poursuivre sur la même voie. « Éclipses était un enfant qui était déjà dans Désirades, et qui en est sorti ». Leur seconde pièce a d’abord été écrite avec du rythme, et ensuite avec des mots. « Un bruit de bâche, ça fait aussi partie du poème de la pièce ! ». La première intention du metteur en scène était celle de la symphonie, d’une rhapsodie de formes créant ainsi une véritable « commotion » entre la pièce et les spectateurs (sans blessures pour personne, soyez tranquilles). Les sensations sont ainsi au cœur de cette nouvelle création : les comédiens ont notamment travaillé dans le noir complet pendant une semaine. Le langage d’Éclipses est celui du silence.

Cette symphonie se déploie en trois mouvements bien distincts. D’abord, un couple fait entrer le spectateur dans son intimité, avec un certain onirisme. Le texte est une véritable prise de risque : « si un seul mot est raté, la partition entière s’effondre… ». Puis une foule entre sur le plateau. En amont, la compagnie avait recruté des volontaires pour une simple expérimentation ponctuelle. Mais une telle énergie s’est dégagée de ces expériences que l’intégration des volontaires dans Éclipses est vite devenue une évidence. En entrant sur scène, ces participants incarnent un brouhaha de questions juxtaposées. C’est Valérian qui a été pêcher ces questions sur internet, sans jugement, sans réécriture. « Le but a été de faire intervenir des phrases que l’on entend tout le temps, que l’on accumule comme des buvards, un peu comme un Golem qui aurait attrapé toutes les paroles du monde ». Cette foule « jette » donc ces questions sur le public.

Enfin, un dernier personnage, incarné par Arthur Daniel, entre en scène. Lui aussi a une identité impalpable et floue, volontairement impossible à saisir. Le texte d’Arthur est particulièrement malléable : il peut être dit avec frénésie, sans aucune pause, ou être étiré, lentement, être réfléchi et introspectif. Valérian raconte une répétition où Arthur s’est interrompu au beau milieu de son texte. Un silence respectueux et oppressant à la fois s’est instauré parmi les autres comédiens, pendant qu’Arthur vivait un genre de prise de conscience de son texte, de sa profondeur et de sa signification. C’est comme ça que fonctionne Désirades. Construire la déconstruction est un véritable défi, un travail de longue haleine dont les résultats n’ont été visibles qu’à la première représentation.

Mais la folie et la créativité des comédiens prennent parfois le dessus, comme avec la notice de médicament créée par Thibault. L’idée était de faire commencer la pièce avant de rentrer dans la salle, d’accompagner le public avec ce dossier de spectacle inhabituel. Cet objet sorti de son contexte a créé des réactions surprenantes chez les spectateurs, ce qui amuse beaucoup Valérian : « il y a plein de gens, quand je leur tend la notice, qui me regardent en se disant “mais c’est une notice de médicament ! Vous vous êtes plantés, pourquoi vous avez fait une notice ?!” »  

Actuellement, Désirades est une compagnie étudiante. Le cadre universitaire est une véritable richesse pour les comédiens, car il leur permet d’explorer de nouvelles formes théâtrales grâce à divers dispositif, comme les Cartes Blanches de l’université Sorbonne Nouvelle.

Le milieu étudiant est aussi une chance : les nombreux soutiens dont bénéficie la compagnie sont d’une grande aide. Au-delà des subventions, la dimension symbolique du soutien à l’art est fondamentale pour eux. Si Désirades a autant de soutiens, c’est aussi que la compagnie va les chercher : concours, appels à projets, candidatures multiples … Désirades postule partout ! Mais Valérian aimerait tout de même sortir de cet univers, et aller plus loin que la simple compagnie étudiante. C’est là que le Théâtre de Belleville entre en jeu (et c’est eux qui le disent !) : « le fait que le TDB nous fasse confiance ça nous permet de nous confronter à un public plus accidentel, de sortir de ce système un peu fermé ». Et c’est une véritable étape pour la compagnie.

La pièce Éclipses, fragment d’une nuit est ainsi soutenue par le Service Culturel de la Sorbonne Nouvelle 3, le CROUS de Paris, la Maison des initiatives étudiantes, le dispositif Créart’up, le Festival Rideau Rouge et bureau des arts de Paris Sciences-Po, le dispositif Acte&Fac, le Nouveau Théâtre de Montreuil (CDN), ATEP3, la Mairie de Paris et la Ville de Perros-Guirec.

Désirades c’est donc un théâtre sensible, émotif mais aussi totalement décalé. On pourrait vous en parler pendant des heures, mais le mieux reste tout de même de les rencontrer vous-mêmes… Rendez-vous le 21 avril à l’issue de la représentation : vous pourrez leur poser toutes les questions du monde ! 

Plus d’info : Éclipses, fragment d’une nuit 

Annie Welter 

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