Le Blog du Théâtre de Belleville

Rencontre avec les lauréats du concours Théâtre 13 : Pauline Bayle et Chloé Simoneau

Publicités

Le Théâtre de Belleville a eu le plaisir d’accueillir au mois de novembre deux des lauréats du Concours du Théâtre 13, Pauline Bayle avec À l’ouest des terres sauvages – Mention spéciale du Jury et Chloé Simoneau avec Fugue en L mineure – Prix du public. L’occasion pour nous de revenir un peu plus en détails avec elles sur leurs spectacles, leurs parcours.


Pourquoi avez-vous décidé de  présenter le concours du Théâtre 13 ? 

Pauline : Parce que je connaissais des gens qui l’avaient fait, j’ai été voir les copains quoi tout simplement. Et ce que j’ai trouvé super, et ce dont j’avais besoin il y a un an, c’est d’un calendrier de création. Présenter le dossier, puis la lecture, l’audition … ça nous a permis de travailler par étape avec les comédiens. Et comme c’est une grosse équipe ( sept comédiens au plateau), le calendrier a permis de mieux gérer les emplois du temps de chacun.

Chloé :  Pour plusieurs raisons, en fait. La première est toute simple, en fait je ne connais pas d’autre concours qui présente ce déroulé, cette configuration : les choses se font par étapes, tu montres ton travail au fur et à mesure et tu crées un spectacle dans un lieu. Et puis le fait d’avoir des dates, des contraintes de temps c’était important pour moi. Et puis, c’est aussi une question de timing, de contingences en fait : j’ai découvert le texte de Léonie (Casthel) par l’intermédiaire de Lola (Roskis-Gimgembre qui interprète ELLE) qui m’en a beaucoup parlé et quelques jours avant la deadline pour l’inscription au concours j’ai rencontré Léonie. J’ai pensé que c’était le bon endroit pour le montrer.

Pourquoi avez-vous pris le parti de présenter votre propre texte, dans le cas de Pauline, ou le texte d’une très jeune auteure, dans ton cas Chloé ? 

Pauline :  J’avais mis en scène une première pièce au conservatoire et j’en avais présenté une version au Ciné13. Et tout de suite après j’ai voulu refaire quelque chose, quelque chose qui soit proche de moi et ça me semblait évident de monter mon propre texte. Et ça a été une très bonne expérience : j’ai eu beaucoup de retours encourageants. Et c’est important pour un jeune auteur d’avoir des retours, des regards extérieurs qui ont une vision et une expérience particulière ça te fait sortir de ta solitude.

Chloé : Comme je te le disais c’est une question de contingences : on s’est rencontrées avec Lola sur un projet où on était toutes les deux comédiennes, je lui ai parlé de mon envie de retourner à la mise en scène (j’en avais fait dans le cadre des cours Florent) et on s’est retrouvées sur le fait qu’on voulait travailler des textes qui parlent de nous, de choses plus contemporaines, des choses d’aujourd’hui. Donc notre, mon envie n’allait pas naturellement vers des textes plus classiques. Lola m’a communiqué son envie de porter ce texte. Et comme la prise de risque était plus grande, je me suis dit que le Théâtre 13 était l’endroit idéal pour mettre en avant un travail de mise en scène et d’écriture. Disons que c’était vraiment à ce moment là que ça résonnait… et puis Lola n’aura pas toujours une tête d’adolescence, donc c’était maintenant ou jamais.

Fugue en L mineure © Nicolas Drouet

Et qu’est ce que votre passage par le TBD vous a apporté ? 

Pauline : Belleville m’a permis d’aller au bout de mon projet, en fait. Sans cette reprise je serai restée sur quelque chose d’inabouti.  Là je suis consciente qu’il reste des défauts mais je peux me dire que c’est bon je suis allée au bout du geste. Et ça sans la reprise ça n’aurait pas été possible. Et en plus ici, la salle est super, c’est intime mais pas exigu. Il fallait que je clarifie et densifie le spectacle et ça, j’ai pu le faire ici.

Chloé : La reprise à Belleville nous a permis de remettre à plat les choses : on a eu beaucoup de retours après le Théâtre 13, il a fallu faire le tri, éclaircir des choses qui n’avaient pas été comprises ou mal. Évidemment, le fait de faire neuf dates a permis au travail de mûrir, et sur les dernières les comédiens étaient vraiment là. Et puis la configuration Belleville fait qu’on peut être beaucoup dans l’intime, on n’est pas obligé d’y aller en force et faire quelque chose qui serait plus de l’ordre spectaculaire.

Vous êtes toutes les deux de jeunes metteures en scènes, auteures et comédiennes par ailleurs, qu’est ce que vous évoque les débats que l’on entend aujourd’hui sur la place de la femme dans la création théâtrale ?

Pauline : Je n’ai jamais crée depuis mes convictions féministes, j’ai jamais voulu faire une œuvre là dessus. En revanche j’ai déjà remarqué que le regard que l’on pose sur moi est différent parce que je suis une fille… une femme. Même si c’est souvent synonyme d’inégalité, parfois je sens qu’il y a une volonté de défendre les auteurs féminins et les metteurs en scène filles. Mais je n’ai pas encore assez d’expérience pour en parler vraiment. C’est vrai qu’en tant que comédienne, je ressens souvent quelque chose d’assez réducteur mais quand on pose ce type de regard sur moi je ne me dis pas : «  je ne veux pas faire des spectacles de femmes, pour les femmes, à propos des femmes ». Au contraire, moi je me suis jamais sentie limitée parce que je suis une fille, quand j’écris ou quand je mets en scène ça n’a jamais déterminé ce que je faisais et je ne veux pas que ça le détermine parce que je veux rester libre. Évidemment il y a des gens qui portent admirablement ces causes-là mais moi je ne veux pas que ce soit le moteur de la création, ça m’enfermerait. Ça passe par d’autres biais : j’essaie de n’être ni misogyne, ni misandre et d’avoir le même traitement dans ma vision des deux sexes.

Chloé : Le fait qu’on en parle c’est déjà un signe que ça évolue, que les choses bougent. Néanmoins, je pense qu’effectivement en tant que femme il faut être deux fois plus convaincante pour être légitime. Quand on regarde les chiffres c’est très concret : il y a beaucoup moins de directrices de lieu que de directeurs alors que finalement il y a beaucoup de femmes dans la culture. Alors qu’en ce qui concerne les dramaturges femmes, il y a un tout un matrimoine qui a été complètement oublié, qui n’a pas été enseigné, qui n’a passé le cours de l’histoire. La conséquence de ça c’est que dès qu’une femme ou que quelqu’un monte un texte d’une autrice ; c’est toujours perçu comme quelque chose de super incroyable.

À l’ouest des terres sauvages © Benoit Jeannot

Si vous deviez résumer votre pièce en trois mots ? 

Pauline : Hum …. Le théâtre crée des perspectives.

Chloé : On aime bien dire « un claquement sur le macadam » mais ça veut pas dire grand chose en fait… Disons, un voyage initiatique express.

Est ce qu’il y aurait une oeuvre/une musique/un tableau qui refléterait l’ambiance de votre pièce et qui vous aurez inspiré ?

PaulineRain de Anne Teresa de Keersmaker avec la musique de Steve Reich : c’est à la fois très technique et très organique. Une grande traversée d’énergie qui, lorsqu’elle ricoche sur toi, te change vraiment. Ça a été un vrai point de départ pour moi, je voulais arriver à ça : que l’énergie soit tellement dense que les gens soient paumés mais qu’ils soient heureux de l’être.

ChloéBecause the night de Patti Smith ! Qu’on entend d’ailleurs dans le spectacle.

Publicités

Publicités