Werther & Werther : entre philosophie et théâtre

Afin de prolonger le plaisir de la représentation à laquelle ils avaient assisté la veille, les terminales de l’école Georges Gusdorf ont pu débattre avec la metteure en scène, Clara Schwartzenberg et trois comédiens (Géry Clappier – Werther, David Fischer – Albert et Ania Svetovaya – Lotte) autour de la pièce Werther et Werther.

Les élèves et l’équipe artistique se sont merveilleusement prêtés à cet exercice – on en profite pour les remercier tous vivement – et le dialogue fût très riche, allant et venant entre les notions philosophiques abordées dans l’oeuvre de Goethe et son adaptation pour les planches par Žanina Mirčevska.

Petit rappel du déroulé de la pièce:

Werther est poète, mélancolique, romantique, amoureux.  Lotte est actrice, mariée à Albert le pragmatique qui a découvert Werther et obtenu son succès. Au bord du quai du métro, Werther rencontre Wilhelm. Clochard-philosophe, il empêchera Werther de sauter.

Pendant 1h30, entre philosophie et théâtre, un échange s’est créé entre l’équipe du spectacle et les élèves. En abordant des thèmes comme l’amour (passionnel ou maternel), l’instrumentalisation de l’art, la question de l’œuvre comme marchandise, la notion d’illusion, la mise en abîme au théâtre, la question d’appartenance dans la société, le temps ou encore le néant, les élèves ont pu entrevoir les paradoxes philosophiques que représente le personnage du jeune Werther.

 

Voici quelques exemples de réponses, d’échanges autour de ces thématiques :

 

L’ART COMME MARCHANDISE

 

« Clara : La contradiction entre l’art et le commerce, David, peut être que par rapport à ton personnage (NDLR : Albert) tu peux nous donner un avis là-dessus ?

David : On peut se dire que l’on vit à une époque où la communication et l’argent viennent corrompre la création et le besoin de créer d’un artiste mais je pense que ce phénomène est très concret. On peut évidemment mettre en regard les artistes qui mettent en distribution gratuite leur CD -offrant au sens littéral leur art, n’ayant pour but que la transmission et le partage- et les artistes qui remplissent des stades en vendant à prix d’or les places alors qu’ils n’en ont, manifestement, pas besoin. On est dans cette contradiction. Oui, Albert a besoin des écrits de Werther parce qu’il gère un théâtre, parce qu’il a des commandes … il a des impératifs concrets, c’est contractualisé. Ça c’est mon opinion d’interprète, mais pour moi Albert c’est un passionné de Werther, de son écriture mais il doit le vendre. Moi à la fin des représentations, on me dit « alala tu fais vraiment bien le salaud » mais non c’est pas ça, c’est juste : il a un cahier des charges et il doit le respecter.

 Géry : Moi c’est ça que je trouve drôle en fait, c’est que oui il y a un artiste qui créer des choses, il le fait seul et d’un coup y a ce principe où « bon on a une deadline, donc on s’en fout va falloir mettre quelque chose sur le papier ». Et c’est là où l’expression artistique est poussée vers un retranchement commercial et c’est là où n’importe quoi va sortir, parce que l’artiste ne peut plus s’exprimer par lui-même. La démarche artistique de base est complètement commerciale. Et est-ce que ça reste à l’intérieur un artiste ? je sais pas … c’est peut être de la prostitution artistique. »

 

« Clara : L’art c’est du commerce ?

Élève : Non

Clara : Quelle est la différence alors ?

Élève : L’aspect économique justifie une certaine reconnaissance pour l’artiste, c’est quelque chose de concret. En dehors de quelques cas, si vous commencez, même avec beaucoup de talent, vous n’allez pas remplir des stades de France. Mais à un moment donné, même pour vous en tant qu’artiste, c’est plaisant l’aspect économique. Parce que vous faites quelque chose, vous transmettez un message, une certaine émotion, vous transmettez votre point de vue, votre opinion. »

  

WILHELM ET WERTHER : ENTRE SOCIÉTÉ ET FOLIE

 

« Clara : Wilhelm c’est une autre version de Werther ? Et pourquoi Werther & Werther comme titre ?

Géry : Pour moi il y a deux choses. Werther il agit comme ça du fait d’une souffrance face au monde extérieur, qui n’est pas comprise, c’est une personne hyper sensible. Se prendre ce monde dans la gueule c’est pas tous les jours facile. Il lui faut trouver d’autres moyens, des façons de rêver autrement. Trouver d’autres choses qui le font vivre : l’amour est une bonne chose, et la fantaisie ça fait sortir du monde »

« Clara : Qui est Wilhlem ? Quel choix a t-il fait pour en arriver là et pourquoi à votre avis ?

Elève : Bah moi il me fait un peu penser à celui qui vivait dans un tonneau …

Clara : Diogène ?

E1 : Oui, celui qui vit dans la misère par choix. Plutôt que de se retirer de la société, il choisit de vivre dans la société mais en se détachant des choses matérielles.

E2 : Pour moi c’est surtout un peu le sauveur de Werther {…}

E3 :  Il aide Werther à garder son individualité, et c’est ça ce qui manque à tous ceux qui ne veulent pas se fondre dans la masse.

E4 : Je me demandais si Wilhelm c’était une autre version de Werther, dans la mesure où il est toujours plus ou moins là sans vraiment être là. Et puis il est là que quand il en a vraiment besoin. Il rentre dans le jeu de Werther, c’est un peu son ange gardien.

Clara :Wilhelm est-il dans la société ou pas ? En admettant que ce soit un vrai personnage.

E : Oui, parce qu’il intervient pleins de fois quand Werther est là et même quand il est pas là. Il parle avec les autres personnages.

Clara : Donc à partir du moment où il interagit avec des gens, il est dans la société. D’autres idées ?

E2 : Il veut s’en détacher mais il y arrive pas parce qu’il veut aider Werther quand même et justement non seulement il a des interactions et aussi on sent qu’il a une assez grande influence sur les autres gens de la société.

Clara : Si on veut se sortir de la société, le peut-on ? Est-ce que à partir du moment où on a un affect pour quelqu’un, cela ne nous rattache pas à la société ?

E1 : Quand Wilhlem interagit avec d’autres personnes que Werther, il est pas vraiment là : il arrive, il dit ce qu’il a dire mais il repart. Il est là sans être là…

E2 : Pour moi il représente la morale, la raison des personnages. Il a l’air fou mais au final c’est le moins fou des trois, c’est celui qui a les idées les plus claires.

Clara : Chez quel auteur on trouve ce genre de personnage ? On les appelle les « fools » ?

E : Chez Shakespeare.

Clara: En effet, chez lui c’est souvent le plus fou, celui qui s’exprime de manière la plus alambiquée possible que se disent les plus grandes vérités. 

L’ILLUSION

« Clara : Y aurait-il une « bonne » manière d’interpréter ? Peut-on est être « hors illusion » ? Pourquoi est-ce que c’est évoqué en permanence dans cette pièce ?

E1 : Quand on reprend la scène où Werther est chez lui. On comprend que c’est un hangar, ou un bâtiment vide, désaffecté. Mais lui il ne voit pas la même chose, il perçoit tout ce qu’a pu être le bâtiment avant ce jour. Et les autres le considèrent comme fou car eux voient seulement un tas de ruines.

E2 : Je pense que dans la pièce on parle en permanence d’illusion car le monde dans lequel on vit aujourd’hui n’est qu’illusion. On imagine qui on souhaite être pour tenter de l’être. On est dans le monde de l’image, du paraître. Pour se fondre dans la société, on utilise des illusions pour vivre. »

 

L’AMOUR

« David : Werther et Lotte me font penser à Alceste et Célimène dans le Misanthrope de Molière. Comprenez-vous les raisons de l’amour de Werther envers Lotte ?

E1 : C’est l’amour de la personne qu’il ne devrait pas aimer.

E2 : Pour moi c’est une sorte d’amour maternel. C’est juste un amour platonique pour lui. Pour elle on ne sait pas vraiment.

E3 : La différence avec Alceste, c’est que lui veut être avec Célimène. Werther nous donne l’impression d’être un petit garçon perdu qui ne cherche pas forcément l’amour passion, mais un amour familial.

E4 : Et Werther ne déteste pas le monde, il n’est pas misanthrope comme Alceste. Il est enfermé sur lui même « à cause » du monde. »

 

WERTHER

Clara: J’ai voulu travailler sur le personnage de Werther comme sur une trajectoire qui mène vers la mort. Mais je n’allais pas le « faire mourir » pendant une heure et demie. Je voulais qu’il vive, donc je lui ai donné une « pulsion ludique » : il tente de se sauver à chaque scène par des stratagèmes. C’est pour cela qu’il propose du jeu, de l’illusion, de la poésie. Il tente ainsi de survivre et de sauver Lotte.

 

 Si vous voulez en savoir plus sur le spectacle n’hésitez pas à consulter la page du spectacle sur notre site web ou à jeter un oeil au dossier pédagogique.

Si vous avez encore des questions, posez la directement aux comédiens! En effet, si vous postez vos questions dans les commentaires (ci-dessous) l’équipe du spectacle vous répondra!

 

Publicités
Comments
One Response to “Werther & Werther : entre philosophie et théâtre”
  1. Merci à tous les élèves et au professeur pour ce formidable moment de philosophie et d’échanges!
    Clara

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :